- 05/06/2015

Quelle méthodologie ? Pour quelle religiosité ?

Par : Pr Chakib BEN BDIRA TABULBI Revisé par: Hanae KETANI Le thème de cette intervention (quelle méthodologie pour quelle religiosité ?), pourrait être exprimé ainsi : Quelle est la méthode adéquate pour avoir une religiosité optimale ? Cependant le titre arabe (annoncé dans les invita

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Par :
Pr Chakib BEN BDIRA TABULBI1
Revisé par: Hanae KETANI

Le thème de cette intervention (quelle méthodologie pour quelle religiosité ?), pourrait être exprimé ainsi : Quelle est la méthode adéquate pour avoir une religiosité optimale ?
Cependant le titre arabe (annoncé dans les invitations) traduit cette intervention, par la valorisation du role des méthodes d’éducation dans la détermination de la religiosité et peut ne pas refléter notre interrogation.

Cependant une analyse profonde du sujet montre rapidement l’équivalence entre les deux titres ; La théorie de l’éducation optimale est bien déterminante dans notre conception de la religion et de la meilleure religiosité et est -en fait- l’aboutissement de notre propos.
Aussi, allons –nous partir de cette interrogation : Quelle est la meilleure méthode pour avoir la meilleure qualité et le meilleur niveau de religiosité ?
Il va sans dire que cette interrogation présuppose l’existence de plusieurs qualités et niveaux de religiosité, constat que notre démarche se propose de vérifier et d’analyser.
En réalité, cette question, à laquelle personne n’a encore proposé de réponse, est complexe, et nécessite des développements qui dépassent les limites de cette conférence.
Aussi, allons-nous, ici vous présenter la quintessence de notre réflexion sur ce sujet; et puisse Dieu favoriser d’autres occasions d’échange et de développement plus approfondis.

L’extrémisme mal ancien, est commun à toutes les religions et c’est son utilisation qui en fait un danger immédiat

De prime abord, voyons pourquoi parle-t-on, ici, de religiosité et non pas de religion
En fait, s’il est vrai que nous avons un problème culturel dans le cadre de notre religion musulmane, il est tout aussi vrai que les autres religions se plaignent d’avoir, pratiquement, le même problème.
Force est de constater que toutes les religions connues souffrent d’un mal commun qui peut revêtir plusieurs formes, et pourrait être désigné par différentes appellations, telles que: intégrisme, fanatisme, extrémisme, exclusivisme, etc… Que nous pouvons appeler « les maladies de religiosité ».

L’analyse de ce phénomène psycho-social, montre que ces « maladies » sont souvent couplées avec l’instrumentalisation politique, ce qui est une source d’amalgames et de confusion devant les tentatives de compréhension de ce mal.
Les manipulations politiques ayant fait de ce mal un véritable fléau social, cette compréhension s’avère vitale pour la société Euro musulmane. Et bien qu’elle souffre de plusieurs maux, le fanatisme reste le plus destructeur et le plus dangereux d’entre eux ; et aujourd’hui il atteint un stade inouï.

La question fondamentale est de connaître la source réelle du mal et d’éviter les pièges médiatiques

LA question fondamentale qui s’impose est: D’où vient ce mal, et Comment y remédier? Ce qui est primordial, c’est de ne pas se tromper d’objectif : il faut chercher le mal réel, et éviter tous les pièges que les médias mal informés, ou malveillants, pourraient nous tendre !

Bien entendu, la recherche de la bonne réponse concerne non seulement les théologiens et les spécialistes de l’islam, mais également les hommes politiques et les sociologues. Et naturellement, chacun, de par sa spécialité et son propre centre d’intérêt, peut se targuer d’avoir la solution. Quant à Nous, notre réflexion est strictement religieuse et se situe à l’intérieur du champ de la connaissance théologique. Nous laissons ainsi les solutions qui pourraient venir de l’extérieur du cercle religieux aux personnes qui veulent intervenir de l’extérieur.
Et une fois le diagnostic posé, tentons de trouver des solutions contre ce fléau qu’est le fanatisme. Et gardons à l’esprit la nécessité de développer une conception de la religiosité saine et salutaire. Cette solution est la seule qui garantit l’équilibre psycho-social, et la paix pour tous avec un regard résolument tourné vers l’avenir. Ce qui éloigne à coup sûr le spectre de la discorde et de la terreur.
Le grand défi est donc de chercher l’origine réelle du mal, comme le ferait un médecin qui trouve des solutions à un problème de santé.
Pour cela il faut absolument éviter les fausses pistes fortement médiatisées, qui suggèrent que le fanatisme qui ronge notre société de l’intérieur, serait le simple fruit d’une instrumentalisation politique. Rejeter cette théorie est vital ; car il est primordial de savoir que l’instrumentalisation politique est une conséquence de la radicalisation et non pas sa cause, Il est en effet difficile d’admettre que c’est une création diabolique de certains politiques sans scrupules !

Force est- donc- de constater que ces jeunes qui choisissent la voie de l’extrémisme et qui deviennent ainsi des individus asociaux, allant jusqu’à représenter un danger pour leur famille et pour la société, le risque extrême étant la récupération par diverses groupuscules opportunistes à l’affût de ces proies fragiles.
Le but de notre propos étant de découvrir les véritables raisons qui conduisent à cette dérive, il faut d’abord analyser le phénomène de la radicalisation objectivement et tel qu’il se présente, et non pas tel qu’il est présenté par les observateurs politiquement engagés.
Somme toute, l’instrumentalisation politique existe certes, mais la source du mal est ailleurs : Elle est dans une certaine conception à la fois de la religion et de la religiosité, une conception incorrecte de la religion de Dieu qui a engendré hélas une religiosité malsaine (je ne dis pas incorrecte) et une propension à la violence avec des tentations destructrices. Et c’est seulement à ce stade là qu’interviennent les diverses récupérations politiques.

La découverte de la source du mal passe obligatoirement par la mise en évidence de la dimension temporelle de la religion

Reconnaître que c’est bien La conception incorrecte de la religion, construite en dehors de la dimension temps, qui engendre cette dérive.est un premier pas vers la découverte de la source de ce mal.
En effet, certains lisent l’Histoire de façon sélective, sous l’emprise de leur passion, et non pas sous l’éclairage de la raison ; et se forgent ainsi une idée de la religion hors du contexte sociopolitique de l’époque.

Cette approche n’est pas nouvelle et est présente dans toutes les phases de l’histoire de l’islam. A titre d’exemple on peut rappeler le problème de la plus ancienne discorde, dite : « la grande discorde » (Al-Fitna al-Kubra) à l’issue de laquelle plusieurs apôtres du prophète P.P.S.L. se sont querellés allant jusqu’à provoquer une guerre civile.
Bien entendu, les fauteurs de troubles qui manipulaient alors les masses musulmanes, n’étaient absolument pas disposés à faire leur autocritique : et voilà l’un d’entre eux qui vient, en toute arrogance, auprès du calife légal des musulmans, l’imam Ali, et lui dit en ces termes: «Oh, calife des musulmans ! tu n’as rien fait de bon pour nous, sous le commandement d’Abou Bakr (1er calife)et de Omar (2éme calife) nous vivions en paix, il n’y avait nulle discorde et tous obéissaient à leurs califes ,alors que maintenant la sédition fait rage et la discorde a mis la société à feu et à sang ! »
Et le calife de répondre: «Abou Bakr et Omar commandaient des gens comme moi, alors que moi je commande des gens comme toi !»

Que signifie cette réponse ? Tous étaient des apôtres du prophète P.P.S.L. et étaient de ce fait d’une classe supérieure à celles des autres musulmans. A tous le prophète P.P.S.L. a promis le paradis.
Ici, faut-il rappeler qu’à l’époque de la grande discorde, il y avait deux générations de musulmans :
La première, ayant connu le prophète P.P.S.L, a été totalement ou partiellement éduqué par lui, et par la suite a été commandée par le premier et le deuxième calife.
La deuxième n’ayant pas connu le prophète P.P.S.L. ou l’ayant très peu connu n’a -donc-pas été éduquée par lui c’est Celle-ci qui a refusé le commandement saint du quatrième calife. (Personne ne doute que son commandement ait été aussi sain que celui des DEUX PREMIERS califes).
Ce qui a, en fait, changé c’est le peuple, trop corrompu pour pouvoir supporter la rigueur de la loi islamique, et trop ambitieux pour accepter les limitations des règles de la justice sociale.
En d’autres termes, la rébellion contre le pouvoir sain du quatrième calife fût l’expression violente d’une rupture d’équilibre entre les commandements d’une théorie et les exigences d’une réalité sociale nouvelle. Cette conclusion peut trouver son meilleur argument dans la suite même des évènements ; puisque HASSEN fils du quatrième calife et son héritier légal, cède très rapidement le pouvoir au chef des rebelles en signant avec lui un pacte historique qui met fin à la grande discorde et au régime du Califât non héréditaire des « successeurs initiés » .
En dehors de cette optique, ceux qui lèvent aujourd’hui les armes contre les pouvoirs publics, alléguant une pratique de religiosité inférieure à celle des califes initiés, sont victimes d’une lecture non analytique de l’histoire et de la sunna, lecture superficielle et sans considération de la dimension temporelle.

Avec une telle lecture ils saisissent seulement que Abou Bakr a fait tel exploit et Omar tel autre, et veulent que les responsables d’aujourd’hui adoptent la même politique. Mais pour cela il faudrait revivre le califat d’il y a 14 siècles. Mais si leur lecture de l’Histoire était analytique et scientifique, ils auraient compris qu’à peine trente ans plus tard ce type de gouvernement ne répondait plus aux exigences d’une population mal éduquée.

Le prophète P.P.S.L. avait déjà dit à l’époque :
«Vous serez gouvernés par des gouvernants qui ne valent pas mieux que vous»2.
Du moment que nous, musulmans, devraient-ils se demander, sommes restés dans une pratique malsaine de religiosité, cultivant le mensonge et l’avidité, est-il réaliste aujourd’hui d’aspirer à des gouvernants tels que Abou Bakr ou Omar? Et même si les dirigeants d’aujourd’hui possédaient les qualités des premiers califes, ils seraient impuissants face à une population mal éduquée.
Ainsi nous constatons comment une conception atemporelle (qui exclut le facteur temps) de la religion et une mauvaise lecture des textes peuvent induire en erreur un jeune musulman qui lui n’aspire qu’à être un musulman exemplaire vivant dans une société équitable.

Mais, ces jeunes qui lèvent les armes aujourd’hui au nom du pouvoir des initiés doivent se poser la question.
Suivante: Sommes-nous (les individus et les sociétés) en mesure de supporter un tel pouvoir ? Ou alors serions- nous des rebelles comme ils l’ont été à l’époque du quatrième calife dont le programme identique à celui des deux premiers est basé sur l’équité et la justice.
Partant de là, nous pouvons cerner le problème : changer notre regard sur notre patrimoine, savoir lire et savoir interpréter les textes. Et c’est là qu’intervient la question de la méthodologie.

Le recours systématique à la méthodologie est la garantie de l’efficacité de notre recherche d’une religiosité salutaire

Qu’est-ce que la méthodologie au juste ?

C’est la science de la méthode qui consiste à définir la meilleure méthode pour chaque champ d’étude et de recherche.
Dans le champ historique, l’Histoire de l’islam est à comprendre sous un angle analytique et comparatif de telle manière que les exploits dès les gloires des générations passées ne puissent guère voiler les réalités qui ne sont pas toujours source de fierté.
Rappelons qu’un exploit est un résultat couronnant un processus avec des mécanismes propres à lui, et qu’un travail analytique consiste à démonter les mécanismes qui ont produit ce résultat.
Ainsi, à l’issue d’une analyse fonctionnelle appliquée aux premières générations de musulmans, on pourrait voir que les exploits de ces générations étaient le fruit propre à une chaîne de mécanisme s’apparentant à une religiosité saine, fondée sur des bases morales magnanimes émanant du maître des créatures, P.P.S.L.

La religion musulmane ayant une obligation de résultat, une religiosité saine doit être socialement salutaire

Se reférant aux textes unanimement admis, la religion islamique, puisqu’émanant du dernier message divin et transmise par le sceau des prophètes, P.P.S.L, est destinée à parfaire la morale humaine. Ce qui attribue à l’Islam une obligation de résultat: une morale optimale, aussi bien sur le plan individuel que social.
La religiosité saine doit garantir l’équilibre moral de la société : loin d’engendrer des effets néfastes, elle est forcément génératrice d’un équilibre psychosocial : les citoyens sont heureux, et la société est équilibrée. Cette paix sociale n’est pas utopique car il ne doit pas y avoir de clivage provocateur entre les différentes classes sociales.
Bref, la religiosité que nous défendons doit agir bénéfiquement sur les deux plans, individuel et social.

Il faut partir d’une distinction entre le rôle du jurisconsulte, seul habilité à l’exploitation des textes, et celui du spécialiste de la sûnna

Pour se débarrasser des conceptions tronquées ou malsaines de la religiosité, il faut arrêter de lire les textes de la tradition prophétique, la sunna, en dehors de leur contexte et sans la couverture salutaire de la raison ; d’où le second volet de la méthodologie nécessaire.
Force est de constater que Le malheur de notre jeunesse est qu’elle est dominée par une tendance antiacadémique consistant à appliquer les récits de la tradition prophétique, la sunna, comme s’il s’agissait de recettes toutes faites.

Or et c’est le rôle du jurisconsulte (Faqih) de travailler ces textes- là et d’aller au-delà des apparences pour découvrir la signification réelle de chacun des propos du prophète P.P.S.L. Par conséquent, même un grand spécialiste du Hadith, tant qu’il n’a pas acquis le statut de jurisconsulte, n’a pas le droit de déduire une quelconque conclusion légale à partir d’un hadith !
Cependant, c’est le rôle du Mohaddith de compiler les citations prophétiques et d’en faire un audit aussi complet que possible. En cela on peut le comparer à un pharmacien qui ne doit pas se permettre d’intervenir au niveau du diagnostic et de la prescription médicale.
Parallèlement, le jurisconsulte (le Faqih) joue le rôle de médecin. Un bon médecin est nécessaire pour diagnostiquer une maladie et prescrire le médicament efficace. De même, un bon jurisconsulte doit être capable de déterminer les limites et les conditions pouvant influencer son sujet, ainsi que le contexte et les conditions de validité de chacune des significations possibles du texte de référence en question.

L’amalgame existant entre ces deux fonctions (mohaddith et faqih) conduit à une conception erronée de la religion ; ce qui engendre souvent des fatwas destructrices, aussi bien pour l’individu que pour la société.
Cette conception malsaine de la religion, superficielle et dévastatrice, est basée sur une méthode textualiste, qui exclut, à la fois, le jugement de la raison et le contexte de chaque texte pris comme référence. De toute évidence, la solution méthodologique de ce problème commence par une alternative fiable et efficace à cette méthode textualiste stérile.
Quelle alternative proposons-nous alors ?

La méthode Malékite, pour qui les objectifs de la législation priment sur les significations apparentes des textes, est l’alternative méthodologique de la voie salutaire

Nous proposons d’adopter les enseignements de l’académie Médinoise, première académie musulmane juridique et théologique, qui privilégie les objectifs de la législation (Maqased Ach-chariâ), sur la signification apparente des textes. La seule école aujourd’hui, fidèle à cette alternative, est l’école Malékite qui, dès sa fondation dans la seconde moitié du second siècle de l’hégire, a proposé une alternative à deux types de tentations: textualiste et rationaliste radicales, toutes les deux prospères hors de Médine.
L’école malikite n’est que l’héritière d’un processus d’évolution de la jurisprudence médinoise. L’imam Malik a eu la chance de vivre à Médine et de recevoir tout l’héritage médinois, qui sur le plan méthodologique, se résume à la méthode des objectifs (Manhaj el maqasid) qui consiste à cerner les objectifs de la religion afin d’aller à la rencontre du texte et l’interpeller.

A titre d’illustration citons cet exemple de l’interprétation malikite du texte:
Le droit de résiliation (khiar el faskh): Quand un client achète une marchandise, tant qu’il n’a pas quitté le vendeur il a le droit de résilier le contrat, mais une fois que la transaction est conclue et que le client quitte les lieux, ce droit n’existe plus.
Cette règle fondamentale est basée sur un célèbre hadith qui dit:
« Les deux contractants peuvent résilier leur contrat tant qu’ils ne se sont pas séparés »3 .
La majorité des musulmans à l’exception des médinois et particulièrement l’Imam Malik ont interprété ce hadith de la façon suivante: Si un client entre dans une boutique et achète un article le matin, puis passe toute la journée dans la boutique sans la quitter, il peut résilier le contrat d’achat de cette marchandise avant de quitter la boutique en fin de journée.
Cet exemple est une illustration de l’application textuelle du hadith. Mais il en est autrement de l’interprétation de l’imam Malik. Pour lui l’objectif du saint législateur n’a jamais été de porter préjudice à l’une des deux parties ; en l’occurrence dans ce cas précis, le client s’accapare la marchandise toute une journée sans l’acheter, empêchant ainsi le vendeur de la vendre à quelqu’un d’autre ce qui lui cause un préjudice financier.
Par la règle de non-préjudice (La Dharer) on refuse l’interprétation majoritaire des musulmans et par séparation on entend séparation au niveau de la transaction et non séparation physique ; c’est à dire qu’il s’agit de la finalisation de la transaction.
Cette interprétation malikite est le fruit de la méthode des objectifs, elle-même une application jurisprudentielle de la méthode Médinoise générale, qu’est la méthode textuallo intellectienne, couplant l’analyse textuelle avec le jugement de l’intellect humain.
Cette méthode étant d’une portée scientifique très étendue, sa capacité à résoudre les différents problèmes dépasse les champs juridiques, et caractérise aussi, et surtout, le champ très délicat de la théologie spéciale.

L’école médinoise, ayant reçu la science originale et authentique ainsi que sa méthode, directement du prophète et de ses plus proches disciples, par une transmission directe et certaine qui ne laisse aucun doute sur son contenu, est la plus apte à donner des solutions aux musulmans d’aujourd’hui et à proposer une lecture correcte de leur religion.
En effet, c’est bien cette école qui a favorisé, depuis le VIIIème siècle de l’hégire, l’émergence d’une nouvelle science juridique venant consolider le dispositif de la production des fatwas, en concrétisant la théorie des objectifs par une nouvelle construction scientifique portant son nom, à une époque où le textualisme commençait à gagner du terrain. Mais, c’est là toute une histoire passionnante qui mérite un développement à part ; et je me contente d’un petit corollaire qui réjouirait tout musulman craignant pour la renommée de sa religion.

Une application consciente du dispositif des règles de jurisprudence Malékite peut prémunir la société contre toutes les fatwas cauchemardesques

Examinons de près le célèbre hadith «Quiconque change sa religion, tuez-le»4 .
Si nous appliquons la méthode textualiste, la solution proposée induit la peur, voire la terreur chez tous les penseurs libres !
Si par contre nous appliquons la méthode médinoise, le jurisconsulte, seule autorité habilitée à prononcer des fatwas, doit –obligatoirement- comprendre autre chose de ce même hadith ! Et pour cela, il lui suffit de prendre en considération l’un des objectifs primordiaux de la législation musulmane, à savoir : la liberté de la foi. En effet, cette règle fondamentale est stipulée textuellement ou indirectement dans plusieurs versets du saint coran ; tels que: «Nulle contrainte en religion»5, ou encore « Quiconque le veut, qu’il croit, et quiconque le veut qu’il mécroie»6 .
Reste, alors, à trouver une explication cohérente du Hadith, sans se soucier de la tradition des jurisconsultes, visiblement déroutés par une manipulation politique qui trouvait dans l’application pure et simple de ce hadith une légitimation des massacres commis contre leurs opposants, allégant leur prétendue apostasie !
Quant à l’interprétation du hadith, une fois le spectre de la signification directe éloigné par la règle coranique, le jurisconsulte a tout le droit de chercher un contexte valable justifiant une telle sentence ; et cela pourrait être un cas de haute trahison, comme la désertion d’un militaire dans un champ de bataille !

Ce qui est réconfortant dans une telle démarche, c’est la possibilité de comprendre le terme arabe «dine», traduit superficiellement par le mot: religion, en se référant à son sens littéral ancien, qui signifie: obédience !
Bref, une application consciente du dispositif des règles de jurisprudence Malékite peut prémunir la société contre toutes les fatwas cauchemardesques.

Avec une jurisprudence saine, une religion devient salutaire, et les cœurs sains trouvent la voie ibrahimienne

Le résultat que l’on doit retenir, ici, c’est que la méthode des objectifs permet d’avoir une version saine et salutaire de la religion islamique.
C’est seulement dans une telle ambiance sociale qu’on a le droit de rêver d’une religiosité vraiment saine, et réellement salutaire ! La religiosité saine est l’heureux apanage de citoyens psychosocialement équilibrés, au sein d’une société elle-même équilibrée.

Pour en arriver là il faut partir de là où le prophète Abraham (Ibrahim) est parti, tout jeune et seul à la recherche de la vérité.
Ayant comme seul acquis un cœur sain, alors qu’il était encore adolescent, il comprit que son peuple était égaré et lui dit :
«Je vais chez mon Seigneur, il va m’orienter»7.
La question que tout un chacun pourrait se poser, est : comment obtenir ce grand honneur, et mériter d’être orienté par le Seigneur.
La réponse est coranique:
« Quand il vint à son Seigneur avec un cœur sain»8.
Un cœur sain signifie : sincère, rempli par l’amour de la vérité et par l’amour de la justice, avec un désintérêt pour le profit personnel et une propension dominante à l’altruisme. Ce sont, là, les qualités de base du coeur sain; et toute la problématique de l’éducation consiste à déterminer le chemin optimal conduisant à leurs acquisitions !

Le grand défi de l’éducation islamique est de transformer l’âme qui empêche l’évolution, en une âme qui favorise le processus de perfectionnement

Partant du schéma quadridimensionnel de l’âme humaine, selon lequel ses états dépendent de l’équilibre entre quatre forces (facultés) : la raison, la colère, la passion et l’illusion; la théorie psycho-philosophique de l’âme stipule que le seul état d’équilibre permettant à l’individu d’évoluer est celui où la raison domine toutes les autres facultés, soumises à son dictat. C’est à ce moment-là que l’âme peut jouer le rôle de catalyseur du processus de perfectionnement, après qu’elle en ait été l’inhibitrice.

En d’autres termes, la priorité de l’éducation islamique est la purification de l’âme qui d’âme inhibitrice (Al nafs alûmûîqa) évolue en une âme soutenante (el nafs al mûîna).
Mais, si cette rupture qualitative est relativement facile dans l’enfance, elle devient de plus en plus difficile avec l’âge. Et avec l’accumulation des forfaits sous l’impulsion de l’âme inhibitrice,
Seule la voie du repentir (Tawba) peut délivrer le croyant, et permettre son évolution salutaire vers un état d’âme favorable à la religiosité saine.
Il n’en demeure pas moins que cette prise de position courageuse et salutaire, qu’est le repentir, nécessite tout d’abord un éveil de conscience afin que le croyant fasse son propre bilan, et connaisse le processus salutaire.

Cette vérité est rappelée ainsi dans le saint coran :
« Je vous exhorte seulement à une chose: que pour Allah vous vous leviez, par deux ou isolément»9 .
Dressez-vous pour l’amour de Dieu et regardez votre avenir en sollicitant l’aide de Dieu pour franchir cet obstacle que représente notre âme. Cette âme-là contre laquelle le coran nous a mis en garde en ces termes:
« A réussi, certes celui qui la purifie. Et est perdu, certes, celui qui la corrompt»10 .
Invoquons Dieu pour qu’il nous vienne en aide afin de réussir à franchir ce grand pas, le pas salutaire vers un cœur saint et une religiosité saine et salutaire.

Notes:
1. Imam, chercheur, conférencier et formateur en management, communication et sciences islamiques.
2. rapporté par plusieurs compilateirs du hadith, dont Assyûti dans «Aljamî Assaghir» T2, P294
3. Rapprapporté par AAlbukhari dans son Sahih en plusieurs versions concordandes, dont celle-ci :
عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: البيعان بالخيار ما لم يتفرقا فان صدقا وبينا بورك لهما في بيعهما وان كذبا وكتما محقت بركة بيعهما
(صحيح البخاري، ج3، ص8 1)

4. Rapporté nottamment par Albukhari dans le Sahih, mais avec un contexte très discutable
5. Coran (2 ,256).
6. Coran(18,29).
7. Coran (37,99).
8. Coran (37,84).
9. Coran(34,46)
10. Coran (91,9-10).
http://www.mosquee-strasbourg.com/quelle-methodologie-pour-quelle-religiosite/
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