La nouvelle gargouille de la cathédrale Saint-Jean, au cœur du Vieux-Lyon,
est à l'effigie d'Ahmed qui, depuis trente ans, est en charge de la restauration
de l'édifice catholique. Y est inscrit également «Dieu est grand», en
français et en arabe. Une statue qui ne plait pas à quelques extrémistes de
droite. L'Eglise, elle, voit là un symbole d'amitié entre religions catholique
et musulmane
Cette gargouille, sculptée dans la tradition médiévale des bâtisseurs de
cathédrales, est perchée à une douzaine de mètres sur un côté de l'édifice
classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Elle ne dénote pas dans le décor, si ce n'est qu'elle
est dépourvue de la patine du temps, et les touristes nombreux ne la remarquent
pas d'emblée, d'autant qu'elle surplombe un échafaudage. «
Ah bon? C'est un
musulman?», s'étonne une passante, «
Je ne suis pas choquée, juste
étonnée». «
De toutes les façons», renchérit son compagnon,
«
s'ils ont fait ça, c'est qu'ils en avaient le droit».
Ahmed s'inscrit dans la tradition des bâtisseurs de
cathédrales
«Il n'y a eu aucune interdiction, ni aucune autorisation de
l'Eglise», explique Pierre Durieux, chargé de communication à l'archevêché
de Lyon. «Dans l'histoire, les gargouilles ont toujours été des figures
profanes laissant parfois la place à la satire ou l'ironie. En outre, elles ne
sont pas dans l'église, mais à l'extérieur».
«Je suis Français, musulman pratiquant, et je travaille depuis toujours
sur des monuments historiques», explique Ahmed, 59 ans, qui assure avoir un
grand respect pour les lieux sacrés. «Je peux travailler sur des mosquées,
des synagogues». Il rappelle que «c'est une tradition du Moyen-Age de
représenter par des gargouilles certains des artisans qui ont travaillé sur le
chantier des cathédrales, même si la plupart d'entre-elles représentent des
animaux fantastiques», souligne-t-il.
L'extrême-droite n'apprécie guère
La gargouille à l'effigie d'Ahmed Benzizine s'accompagne de l'inscription
gravée «Dieu est grand», en français mais aussi en arabe («Allah
akhbar»). Ce qui a aussitôt suscité l'ire des Jeunesses identitaires
lyonnaises, un mouvement local d'extrême-droite.. Elles dénoncent sur leur site
internet le fait qu'«à Lyon, les musulmans se paient le luxe de s'approprier
nos églises, en toute tranquillité et avec la complicité des autorités
catholiques». Les jeunes identitaires «ne sont pas plus chrétiens que
les autres», estime Pierre Durieux, qui ne trouve rien à redire à ce
«symbole d'œcuménisme».
Pour Kamel Kabtane, recteur de la grande Mosquée de Lyon, «c'est un clin
d'œil, un de plus, à l'amitié islamo-chrétienne à Lyon. La cité rhodanienne est
la première grande ville de province a avoir entrepris, dans les années 80 la
construction d'une mosquée digne de ce nom», rappelle le recteur pour qui «il se
passe ici des choses qu'on ne voit nulle part ailleurs». Déjà «en 1875, lors
de la consécration de Notre-Dame de Fourvière, l'émir Abd-el-Kader était
présent».
Source : Leparisien.fr