Vendredi dernier, l'Echo
faisait part du désir de l'économiste Mohamed Boulif d'ouvrir des banques
islamiques sur le territoire belge. Imane Karich, présidente de l'Association
Belge des Professionnels Musulmans (ABPM) qui travaille en collaboration avec M.
Boulif, nous explique les besoins des musulmans en matière de
finance.
Aujourd'hui, un musulman,
comme tout autre belge, a besoin d'acheter une maison, d'investir, de financer
son présent et son avenir. Si la plupart des musulmans utilisent les services
des banques conventionnelles, certains attendent qu'on leur propose des produits
respectueux de la Charia (la loi islamique), explique Imane Karich. Même si la
communauté musulmane s'est bien intégrée au reste de la population, leur
proposer ces produits ne pourra qu'être un plus. "Devenir propriétaire dans un
pays cela signifie que l'on veut s'y installer, choisir dans quel quartier on va
habiter, dans quelle école on va mettre ses enfants..." rappelle Mme
Karich.
La finance islamique
respecte la Charia. Les intérêts sont interdits ainsi que l'investissement dans
certains secteurs jugés "illicites". C'est un besoin réel pour les entreprises
comme pour les particuliers.Dans l'achat d'une maison par exemple, l'objet du
contrat c'est la maison et non plus l'argent. De ce fait, la plus-value est
faite sur la valeur de la maison et non plus sur la valeur de l'argent. Il
s'agit également d'obtenir des crédits exempts d'intérêts considérés comme un
péché par la loi islamique.
A l'heure actuelle, “les
produits ne sont pas viables dans un pays comme la Belgique qui n'a pas la
législation adaptée.” Il faut donc la revoir, c'est pourquoi l'ABPM a réuni, en
avril 2009, les présidents des quatre partis francophones, afin de connaitre
leur opinion au sujet de la finance islamique. Les partis se sont montrés
favorables à la mise en place d'un groupe de travail pour étudier la question.
Le soutien politique est primordial pour que la finance islamique perce en
Belgique.
Mme Karich avoue croire
davantage “en la réussite d'une banque locale qui lancerait ce type de produit
plutôt qu'en l'implantation d'une banque islamique” car les besoins des
musulmans sont à plus court terme et cela leur serait suffisant. L'implantation
d'une banque islamique à part entière constitue plutôt le bout du chemin.
Cependant, même pour l'accueil des produits islamiques “il est important de voir
si le cadre législatif peut être adapté afin que nous puissions convaincre les
banques locales de les accepter.”
Pour le moment, aucune
banque n'a franchi le pas, mais Imane Karich est confiante: "Je pense que les
banques belges sont intéressées mais elles attendent chacune que l'autre
commence." "C'est un marché de niche que l'on peut comparer au marché du halal
qui est devenu très croissant et très prometteur en Belgique et en Europe"
poursuit-elle. La stratégie actuelle de l'ABPM est donc de travailler avec les
banques locales et les autorités compétentes en la matière.
La présidente de l'ABPM
rappelle ensuite "qu'une banque dite islamique n'est pas limitée aux clients
musulmans. Ses principes de fonctionnement sont basés sur l'Islam mais tout un
chacun peut devenir client de cette banque." Ces banques ne serviront donc pas à
faire du favoritisme envers la population musulmane. Cela permettra surtout
"d'agrandir la palette de produits financiers pour répondre aux besoins de
chacun."
Tout comme M. Boulif dans
l'Echo, Imane Karich nous explique qu'elle croit en ce projet et qu'il finira
par aboutir même si cela doit prendre des années car revoir le cadre
réglementaire est un projet de longue haleine.
Source : Lalibre.be