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Juifs, chrétiens et musulmans lisent ensemble des textes sacrés Version imprimable Suggérer par mail

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Toronto – Quand les juifs prient-ils? Ont-ils un livre de prières? Dans quelle direction s'orientent-ils pour prier? Ces questions ont été posées à un juif canadien par son nouvel ami musulman syrien.
 
Ils se sont rencontrés à la conférence annuelle de la Society for Scriptural Reasoning (la société pour le raisonnement scriptural) qui s'est tenue, fin juin, à Huron University College à Londres, dans l'Ontario au Canada. Plus de soixante participants d'Amérique du Nord, de confessions juive, chrétienne et musulmane, se sont réunis pour étudier ensemble leurs textes sacrés. La conférence avait pour but de montrer comment fonctionne l'étude scripturale mutuelle et de favoriser les amitiés tandis que les participants sont encouragés à poursuivre les réunions et l'étude des textes ensemble et de manière régulière.

La Society for Scriptural Reasoning a été fondée il y a plus de dix ans lorsqu'un groupe d'universitaires juifs et chrétiens se sont assis ensemble pour lire les textes des uns et des autres dans un esprit de respect et de curiosité mutuels. Quelques années plus tard, les musulmans se sont joints à eux, apportant une perspective coranique à la conversation.

Le but « n'est pas de parvenir à un accord sur le sens véritable des passages » mais de « s'efforcer d'apprendre davantage sur la manière dont nous comprenons nos propres traditions et sur la manière dont les autres nous comprennent, » écrit Peter Ochs, président de la Society for Scriptural Reasoning et professeur de philosophie à l'université de Virginie.

Par exemple, un membre juif du groupe lit le Premier Epître aux Corinthiens dans lequel l'apôtre Paul dit aux chrétiens de la communauté de Corinthe du premier siècle: « Pour moi, frères, ce n’est pas comme à des hommes spirituels que j’ai pu vous parler, mais comme à des hommes charnels, comme à des enfants en Christ. » Il a ensuite demandé: « Qu'est-ce que ça signifie être en Christ? » Chaque chrétien du groupe a donné son point de vue et les participants musulmans se sont joints à la discussion animée qui portait sur le fait de savoir si la foi se caractérisait par des pratiques individuelles personnelles, une activité communautaire, un mode de vie, des croyances ou des rites.

Autrefois juive et maintenant agnostique, une autre participante a confié qu'elle pratiquait encore les rites de la prière juive, et notamment une prière particulière au moment d'enfiler ses chaussures le matin; elle a précisé que les jours où elle ne faisait pas cette prière, elle se sentait perdue. Un membre d'un ordre catholique monastique l'a rejointe dans ce sens en déclarant que lorsqu'il ne faisait pas ses prières à heure fixe, prières connues comme la liturgie des heures – matin, midi et soir – il avait également l'impression que la paix intérieure lui faisait défaut toute la journée.

Les participants ont ensuite lu ensemble les versets du Coran 17:78-111 et ont découvert que le Coran décrivait aussi une pratique de prière à heure fixe. Tandis que certains participants comprenaient l'aspect physique des rites de la prière, d'autres étaient mal à l'aise avec la notion de prières à heures fixes avec des pratiques de prière écrite.

Ce genre de désaccord respectueux qui s'accompagne souvent d'une argumentation fougueuse est encouragé par la pratique du raisonnement scriptural.

Certains nouveaux participants craignent que la lecture scripturale interreligieuse exige qu'on élimine ou qu'on ignore les différences religieuses. Mais lors des réunions, ils sont souvent soulagés de découvrir qu'écouter une personne d'une autre confession étudier leurs textes les aide en fait à écouter plus attentivement les textes de ces personnes. Par exemple, des participants juifs et musulmans lisent la lettre de l'apôtre Paul aux Corinthiens, lettre dans laquelle il qualifie les membres de la jeune communauté paroissiale d' « hommes charnels … se conduisant à la manière des hommes » (1 Corinthiens 3:3), un passage qui irrite souvent le chrétien d'aujourd'hui. Le passage a revêtu un nouvel intérêt quand les autres lecteurs ont discuté de l'attitude de Paul à l'égard du corps.

« Comment a t-il compris le corps ?», s'interroge un lecteur juif.

Un lecteur musulman se demande comment Paul pouvait espérer que les gens n'aient pas de penchants humains.

C'est ainsi qu'une lutte mutuelle sur le texte est apparue autour de la table et que les participants ont découvert les notions des différentes traditions de relations entre le corps et l'esprit.

Le raisonnement scriptural apporte l'hospitalité entre les peuples des religions abrahamiques car il attend des participants qu'ils aient une relation respectueuse les uns avec les autres et
qu'ils soient attentifs aux textes d'autrui et il offre un lieu pour se rencontrer et avoir une discussion soutenue. Les participants constatent que leurs prédispositions et suppositions culturelles sur chacun d'eux sont exposées et, bien que cela puisse être difficile par moment, l'étude faite en commun les maintient ensemble.

Dans un monde qui considère souvent que les textes sacrés justifient la violence et les clivages, la pratique du raisonnement scriptural encourage une collégialité abrahamique autour de ce qui importe le plus: les textes sacrés.

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*Susan Kennel Harrison est candidate au doctorat à l'école de théologie de Toronto.
par Susan Kennel Harrison - CGNEWS le 6 Août 2010

 

 

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