
L'abattoir de Haguenau accueille l'essentiel de l'abattage légal dans le département, mais ses capacités restent de loin inférieures aux besoins de la communauté. (Photo archives DNA)
Réduire l'abattage sauvage
La Coordination des associations musulmanes de Strasbourg (CAMS) vient de créer une commission chargée de remédier à l'abattage sauvage constaté chaque année à l'occasion de l'Aïd el Kébir, une des principales fêtes du calendrier islamique. Sur le papier, le problème est simple. Les abattoirs de Haguenau et Holtzheim ont, à eux deux, une capacité d'abattage de 800 têtes environ. Or, la communauté musulmane bas-rhinoise achète, chaque année à l'occasion de l'Aïd el Kébir, de 2 000 à 4 500 agneaux, selon les estimations.
Pour lutter contre l'abattage sauvage, il « suffit » donc d'augmenter l'offre. Abattoirs mobiles - appelés à servir une fois ou amortis sur plusieurs années - mobilisation de particuliers et/ou de professionnels : les solutions ne manquent pas. Encore faut-il réunir autour d'une même table les pouvoirs publics, les fidèles et la filière.
L'exemple rhône-alpin
C'est dans cet esprit que la CAMS (*) lance une commission chargée de plancher sur la question. « Vu la faiblesse de l'offre, les fidèles pratiquent le sacrifice rituel chez des paysans, chez un boucher ou chez eux. Sur le plan de l'hygiène et du respect de la loi, ce n'est pas toujours l'idéal, pointe Mohamed Benazzouz, président de la CAMS. C'est pourquoi j'ai souhaité créer cette commission. Nous ne résoudrons pas le problème en un an. L'idée est de travailler dans la durée. »
A titre d'exemple, l'ouverture, en région Rhône-Alpes, de cinq sites temporaires, gérés par le conseil régional du culte musulman, a permis l'abattage de 1 600 bêtes en 2007. Un effort de pédagogie des imams en direction de la communauté a par ailleurs facilité l'étalage des sacrifices sur deux jours.
« Dans d'autres villes, on a recours à des abattoirs mobiles [une cinquantaine est agréée chaque année, ndlr], montés et démontés pour l'occasion », pointe Mustapha Allali, président de la commission et de l'association Mosquée de l'Elsau.
C'est la solution la plus souple... et aussi une des plus coûteuses. Un facteur à ne pas négliger. « La communauté musulmane est prête à mettre la main à la poche. Mais nous aurons besoin du soutien des pouvoirs publics », insiste Mohamed Benazzouz.
« La communauté se saisit du problème et c'est très bien. Nous serons très attentifs aux conclusions de cette commission. Même si ce sujet relève avant tout de la compétence de l'Etat », souligne pour sa part Olivier Bitz, l'adjoint au maire en charge des Cultes.
La commission qui démarre tout juste ces travaux a jusqu'à l'automne pour remettre ses propositions à la préfecture et à la ville, l'Aïd el Kébir étant prévu à la mi-novembre.
Manuel Plantin (*) La CAMS regroupe les neuf principales mosquées non turcophones de la ville.
© Les Dernières Nouvelles d'Alsace - 08/04/2010 |