Le débat sur les minarets, amorcé en Suisse, se poursuit en France. Décryptage par Franck Fregosi, directeur de recherche au CNRS.
Qu'implique le rebond du débat suisse sur les minarets en France ?
Les Français ne seront probablement pas consultés sur la question des minarets et encore moins via un référendum, mais par un effet de contagion, le débat suisse a rebondi en France au mauvais moment, dans un contexte lourd de sous-entendus... Entre le voile à l'école, la polémique sur le ramadan, les dérapages de certains ministres, le voile intégral, la crise, les élections régionales ou encore le débat sur l'identité nationale, le risque de dérive est grand.
Quel est ce risque ?
Le risque majeur est une tentative de récupération du débat par l'extrême droite qui va multiplier les actions et les manifestations. Son objectif: empêcher le pouvoir en place de faire une OPA sur les thèmes qui lui sont chers. C'est pour cette raison, et en vue des régionales, que les membres du gouvernement ont adopté une position floue quant aux leçons à tirer du vote suisse, expliquant qu'en France, les minarets, bien qu'ils fassent partie du paysage, ne sont pas indispensables au culte musulman.
Pourquoi le débat s'est-il porté sur les minarets ?
Chaque société se focalise sur un élément précis d'une religion. En France on est emberlificotés dans le débat sur le voile, en Italie ce sont les mosquées en général qui font débat, en Suisse les minarets... Le débat sur les minarets reflète une vision purement matérielle de la religion. Les premières mosquées n'avaient pas de minaret, cet élément architectural s'est progressivement imposé, sans pour autant devenir indispensable au lieu de culte. En définitive, le minaret est à la mosquée ce que le clocher est l'église ! Si on se penchait sur la signification historique du clocher (la cloche est censée représentée les trompettes des anges), on aurait des surprises et on constaterait qu'il n'est pas indispensable à la croyance chrétienne non plus...
Le débat risque-t-il de s'étendre à la mosquée et à l'islam en général ?
Les musulmans, même les moins pratiquants, ont le sentiment qu'on les pointe du doigt sans cesse et que, quelque soit l'événement, on incrimine toujours les musulmans. Le minaret participe à la vision que l'on a de la mosquée, il permet d'identifier un lieu de culte. La présence d'une minaret favorise, à mon sens, une pratique apaisée du culte musulman et rassure les fidèles: ils font partie du paysage urbain. Souvent installées en périphérie des villes, l'islam semble, à tort, reléguée à une "religion de marge".Au-delà de la hauteur des minarets (qui dépend des élus locaux), c'est la question de l'emplacement des mosquées qui importe.
Source : l'express.fr - Par Julie Saulnier, publié le 02/12/2009