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Le mois du ramadan, l'un des cinq piliers de la religion musulmane, commence ce matin. Les fidèles vont vivre au rythme du jeûne - en journée - et de la rupture du jeûne - au coucher du soleil. Leurs retrouvailles autour de la prière et du partage constituent un ciment de la communauté. Paroles de pratiquants.
« Les musulmans attendent le mois du ramadan avec impatience », explique Abdelhakim El-Ghaibech. « C'est programmé et gravé dans ma tête depuis l'âge de dix ans, quand j'ai commencé, en Algérie. D'abord quinze jours, la première année, puis le mois complet », poursuit le vendeur de chez Chahiat, boucherie, traiteur et épicerie de l'avenue des Vosges.
Cette impatience est perceptible aussi chez Abdelmalik El-Fanni : « Je préfère passer le ramadan ici, j'aurai eu plus de mal là-bas, au Maroc », reconnaît le président de l'association Solidarité Culturelle de Koenigshoffen, qui a écourté d'une semaine ses vacances, tout comme un certain nombre de ses amis. Chez eux, le strasbourgeois, sa famille et les membres de son association de quartier, ont leurs habitudes.
Privations en journée
Cette fébrilité peut paraître difficile à saisir, de prime abord, dans la mesure où pendant un mois, les membres de la communauté musulmane ne boivent pas, ne mangent pas, ne fument pas et n'ont pas de relations sexuelles. Et ce, tout au long de la journée.
Particulièrement exposé aux tentations dans son travail, chez le traiteur Chahiat, au milieu de plats ou de pâtisseries, plus succulents les uns que les autres, Abdelhakim El-Ghaibech n'en démord pas : « Pas de problème, on a l'habitude. » Tout juste concède-t-il, que « le plus dur, c'est la cigarette, les deux ou trois premiers jours, après ça va mieux... » Pour Abdelmalik El-Fanni, le président de Solidarité Culturelle, c'est un peu moins compliqué puisqu'il travaille de nuit. Ce qui lui permet de « grignoter régulièrement », avant le lever du soleil.
La nuit est d'ailleurs de plus en plus courte, car la date du début du ramadan avance de douze jours chaque année. Autrement dit, plus les années passent, plus on se rapproche mathématiquement du 21 juin - jour le plus long. Par voie de conséquence, la durée du jeûne se rallonge, elle aussi.
Ce qui fait tenir le vendeur de l'avenue des Vosges, c'est sa foi partagée - « les musulmans se donnent tous à Dieu », témoigne-t-il - et l'atmosphère de fête qui porte la communauté musulmane toute entière. « Après leur travail », poursuit Abdelhakim, les pratiquants - qui n'ont rien dans le ventre depuis la fin de la nuit -, se préparent à rompre le jeûne en s'achetant des dattes ou des pâtisseries, qu'ils vont pouvoir savourer avec un thé après le coucher du soleil ». Histoire de s'hydrater et de reprendre rapidement des calories. Donc des forces.
Le temps de la prière et du souper
Le dîner, proprement dit, ou plutôt le souper, n'interviendra qu'après la veillée de prière du ramadan. Ce temps de lecture du Coran - pendant une heure, tous les soirs - qui intervient vers 22h resserre les liens de la communauté, pour laquelle le ramadan est une période de « partage » et de « pardon ».
Après, chacun a ses habitudes : « Les Tunisiens adorent le sucré, les Marocains aiment bien mélanger le sucré et le salé, et les Algériens préfèrent le salé », a remarqué le commerçant de l'avenue des Vosges. L'épicerie est d'ailleurs achalandée différemment : des produits font leur apparition pour la durée ce mois - de la brioche, à la soupe, en passant par les tajines, les pâtisseries et autres gourmandises. « Les non-musulmans attendent le mois du ramadan avec impatience, ils profitent eux aussi de ces spécialités... »
Philippe Dossmann
© Les Dernières Nouvelles d'Alsace - 22/08/2009 |