
La directrice Habiba Al-Aabqary a fondé l’école en 1996.
Cent cinquante enfants fréquentent l’école Raoud El Houda. Les cours sont dispensés à la mosquée de l’impasse du Mai, principalement par des étudiantes musulmanes bénévoles.
Les matins de semaine, l'école Raoud El Houda accueille des enfants âgés de 3 à 5 ans. Bien que « Raoud » signifie « jardin d'enfants », l'école de la mosquée n'est pas une simple garderie. Les élèves suivent des cours d’éveil à l'environnement, d’éducation physique, artistique et religieuse, d'écriture et de lecture. Ce programme a été élaboré par Habiba Al-Aabqary, la directrice de l'école: « Les enfants sont capables d'apprendre à lire dès 3 ans. Ils sont immergés dans la langue arabe que nous leur enseignons de manière ludique. Ils progressent très vite ! »
Depuis qu'elle a créé l'école en 1996, la directrice s'est toujours occupée des plus petits, « pour qu'ils aient les bases avant que d'autres bénévoles prennent le relais ». Ces bénévoles sont des étudiantes pour la plupart. Le samedi matin, elles poursuivent l'enseignement de l'écriture, de la lecture et du Coran avec les enfants des niveaux supérieurs : les «Rossignols», les «Sindibad», puis les élèves de CP et CM.
Parmi ces bénévoles, il y a Mariem, 19 ans, en première année de biologie à Strasbourg. Elle enseigne à la mosquée depuis deux ans.
Ce samedi, elle a devant elle une dizaine d'enfants de 4 ans. Mariem donne ses consignes en parlant très fort. Les enfants doivent colorier les images des polycopiés – un visage, un citron...– et apprendre leur transcription en arabe littéraire. En classe, il n'est pas permis de s'exprimer en français. Les élèves sont concentrés.
De l'autre côté du couloir, il y a la classe de Leila, 30 ans. Doctorante en chimie macromoléculaire, la jeune Marocaine donne des cours à l'école depuis quatre ans. « Je prends à chaque rentrée une classe d'un niveau différent, pour changer un peu. » Cette année, ses élèves ont entre 8 et 9 ans.
Leila finit sa formation cette année et va partir au Canada. La directrice de l'école devra lui trouver un remplaçant. Elle ne se fait pas de souci : « Il y a sept ou huit demandes en attente pour autant de places disponibles. Ce sont surtout des candidatures de jeunes filles. »
A l’école de la mosquée, la rétribution des étudiantes dépend des dons des parents. La motivation des candidates n’est donc pas financière. « Elles ont toutes envie de transmettre quelque chose, affirme la directrice. Cela demande quelques efforts. Il a fallu un peu de temps à Mariem pour s'adapter aux plus petits. Mais aujourd'hui, elle se débrouille très bien. »
Chants religieux
Après le goûter, les élèves de Mariem rejoignent leurs camarades de deux autres classes dans le hall de l’école. Ils entonnent des chants en arabe avec elle. L’étudiante improvise une chorégraphie. Certains chants sont d’inspiration religieuse. Les enfants les ont appris durant le cours de religion. A l’école publique, ces jeunes musulmans ne bénéficient pas d'enseignement religieux adapté à leur confession, contrairement aux écoliers alsaciens juifs et chrétiens. Leurs parents, dont certains sont des anciens élèves de la directrice, les ont donc inscrits à l’école de la mosquée C'est l'un des plus grands bonheurs de Habiba Al-Aabqary.
Christelle Vogel |