
Auteur : Propos recueillis par Rachid Hallaouy
La Nouvelle Tribune : L’islam en Europe, quel modèle ? Qu’entendez-vous par là ?
Abdellah Boussouf : Dans le contexte actuel, le débat autour de cette problématique est nécessaire voire primordial. Aujourd’hui, l’islam apparaît de plus en plus dans les pays de résidence comme un élément constitutif de l’identité européenne et une préoccupation des communautés et des acteurs publics en Europe, mais aussi de leurs opinions. L’islam interpelle donc l’Europe. A l’inverse, la société européenne interpelle aussi l’islam.
Quel est le but de ce colloque?
La tenue de cette manifestation vise à enrichir et à approfondir le débat sur le culte musulman en Europe et plus particulièrement, sur le modèle européen de l’islam. Prendront part à ce colloque, des experts et des spécialistes ainsi que des responsables cultuels et des acteurs de terrain issus de l’émigration ou résidant au Maroc. Au programme, un état des lieux du modèle ou des modèles du culte musulman dans les pays d’immigration et une analyse de la problématique du référentiel chez les musulmans eu Europe. Les travaux de ce colloque porteront sur trois thématiques clés, la géographie de l’islam en Europe, l’islam européen et la problématique du référentiel, le modèle cultuel et le contexte européen. Au menu également, l’organisation d’une table ronde sur le thème du référentiel et des pratiques chez les femmes et les jeunes musulmans en Europe.
Que pensez-vous de la naissance d’un mouvement de «laïcs musulmans» en France ?
Selon moi, il n’y a pas d’incompatibilité entre la laïcité et l’islam. Bien au contraire. J’irai même plus loin. C’est grâce à la laïcité que l’islam existe en Europe. Il faut rappeler qu’en France, c’est l’Etat qui est laïque, garant des pratiques religieuses et de la liberté de conscience. L’islam peut être pratiqué dans des sociétés laïques, sans aucun problème. Au Maroc, il y a une vision tronquée de la laïcité. Il n’y a pas de choc frontal entre les deux communautés. Il ne faut pas opposer la laïcité à la religion et à l’islam. Je pense que le Maroc peut inventer une laïcité à la marocaine, tenant compte des spécificités et des caractéristiques du Royaume.
Tout récemment, Barak Obama a tenu un discours en Egypte dédié à la communauté internationale musulmane. Que retenez-vous ?
J’ai adhéré à beaucoup de choses qui ont été exprimées par le président des Etats-Unis d’Amérique. Il a déclaré que les 7 millions de musulmans qui vivent aux USA sont considérés comme des citoyens américains à part entière. Je suis favorable à la condamnation, sans concession, de tout acte terroriste. Le monde musulman doit se démarquer et prendre ses distances devant toute forme de violence à caractère terroriste. Cela permettra aux occidentaux d’avoir une lecture claire sur les positions et le sentiment des communautés musulmanes. Il faut lever toute ambiguité. Ne pas condamner fermement ou opter pour le silence peut donner l’impression à l’Occident que les musulmans sont quelque peu complices. En outre, je regrette que le monde musulman ne se soit pas l’écho du discours de Barak Obama. Il a été particulièrement absent. Je pense, notamment, au Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), basé à Paris, qui a été totalement silencieux alors qu’il avait l’occasion de donner un avis et de partager le débat. C’est dommage.
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