Combattre tous les racismes. C’est ce mot d’ordre qui a présidé à
la création de la cellule de veille des actes anti-musulmans, le 4
juin, dans la région Rhônes-Alpes (sud de la France). La structure, qui
opère dans les départements du Rhône, de l’Ain et de la Loire, sera
chargée de recenser les manifestations hostiles visant les fidèles de
l’islam ou les lieux réservés au culte musulman.
Un travail qui devrait impliquer d’autres associations. « Nous
allons leur transmettre les cas d’islamophobie dont nous aurons
connaissance pour leurs statistiques, et inversement », explique Samy
Debah, président du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF),
qui « recense depuis cinq ans les actes anti-musulmans et vient en aide
aux victimes de l’islamophobie ».
Inciter à porter plainte
Autre objectif de la cellule : « Inciter les musulmans victimes
d’actes racistes ou islamophobes à porter plainte à chaque fois,
explique Azzedine Gaci, chargé de mission de la nouvelle instance. En
effet, il n’est pas dans la mentalité des gens issus de la diversité de
porter plainte quand on les traite de "sale arabe", de "sale musulman"
ou de "Ben Laden". »
L’initiative vient du procureur général de Lyon. « En 2004,
Jean-Olivier Viout avait lancé une cellule de veille pour les actes
antisémites. Il voulait créer en même temps une cellule de recensement
des actes anti-musulmans, estimant que le racisme, l’antisémitisme et
l’islamophobie devaient être mis sur le même pied d’égalité », poursuit
Azzedine Gaci.
Recrudescence des actes islamophobes
Mais rien n'est venu. « A partir de 2008, on a assisté à une
recrudescence des actes islamophobes au niveau national, régional et
local », souligne Azzedine Gaci qui est également président du Conseil
régional du culte musulman (CRCM) de la région Rhône-Alpes. L’idée
d’une cellule spéciale ressurgit début janvier 2009 et, début juin, la
cellule voit le jour.
Elle compte douze membres, parmi lesquels des responsables
musulmans, de la société civile et des avocats. Elle doit se réunir au
moins deux fois l'an, et chaque fois que cela sera nécessaire, avec le
procureur général et les procureurs du Rhône, de l’Ain et de la Loire.
Une cellule très attendue
Plusieurs associations musulmanes demandaient la création d’une
telle cellule. Azzedine Gaci avait lui-même émis ce souhait après
l’incendie de la mosquée de Saint-Priest (Rhône), en décembre 2008. Le
CCIF dit avoir sollicité une action des ministères français concernés :
« On n’a pas donné suite à nos requêtes », se souvient Samy Debah, qui
espère que « l’expérience pilote de Lyon sera étendue à tout le
territoire ».
La Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI) est quant
à elle bien plus sceptique. « C’est une cellule bidon, une coquille
vide, un miroir aux alouettes pour renforcer la notabilité de certains
musulmans de service », affirme Abdelaziz Chaambi, fondateur du CRI et
membre du Collectif des musulmans de France. Ce militant n'a pas été
retenu parmi les membres de la nouvelle structure.
17/06/2009 12:35:37 - La rédaction web de Jeune Afrique- Par : Habibou Bangré -