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Asma Jahangir : établir des ponts entre les communautés Version imprimable Suggérer par mail


Dans le cadre des débats sur le dialogue interculturel, les députés ont reçu l'avocate pakistanaise des droits de l'homme, Asma Jahangir, Rapporteur des Nations Unies sur la liberté de religion ou de conviction. Elle a insisté pour que le terme "dialogue interculturel" soit compris dans un sens large, rassemblant à la fois des perspectives religieuses et non religieuses et incluant un dialogue à tous les niveaux. Elle s'est également opposée à toute incrimination de "diffamation des religions".
 
Asma Jahangir a été accueillie mercredi par la Vice-Présidente du Parlement, Rodi Kratsa-Tsagaropoulou (PPE-DE,°EL), selon qui "cette intervention contribuera à diffuser le message du Parlement en vue de favoriser le libre dialogue et la compréhension mutuelle". Elle a également cité l'article 18 de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, qui sous-tend le travail d'Asma Jahangir: "Toute personne a le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit comprend la liberté de changer de religion ou de conviction, et la liberté, seul ou en communauté, en public ou en privé, de manifester sa religion ou conviction dans l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites".
 
Asma Jahangir Jilani, née en 1952 à Lahore dans une famille militante, est l'une des fondatrices de la commission des Droits de l'homme du Pakistan. En 1980, elle a formé, avec sa s½ur et d'autres militants, le premier cabinet d'avocats tenu par des femmes au Pakistan. En 1998, elle a été nommée Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires auprès de la commission des Droits de l'Homme des Nations unies.  Depuis 2004, elle est Rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté de religion ou de conviction. Lors de son intervention, elle a soulevé quatre questions relatives aux "quoi, pourquoi, qui, comment?" du dialogue interculturel.
 
Dialoguer dans la diversité
 
"Le terme «interculturel» inclut-il aussi le dialogue "interreligieux"?" s'est-elle interrogée d'emblée, ajoutant que les tensions "intra-religieuses" devaient également être prises en compte. Et "Qu'en est-il du dialogue entre déistes, non-déistes et athées?" Tous les croyants sont protégés en vertu des lois internationales des droits de l'homme ainsi que par le droit de ne pas professer de religion. Par conséquent, "ces dimensions devraient également être inclues dans les initiatives de dialogue interculturel", a-t-elle estimé.
 
Ainsi, le "dialogue interculturel" pourrait être considéré comme un terme complet, incluant les divers aspects mentionnés ci-dessus: le dialogue interreligieux et intra-religieux, également lorsqu'ils impliquent des athées et non-croyants. Plus important encore, le gouvernement et la société civile ont un rôle à jouer dans la création d'un environnement où les personnes de différentes religions et croyances peuvent interagir sans effort. De ce fait, le concept de dialogue interculturel doit être élargi.
 
Dialoguer pour prévenir les conflits
 
"Je suis convaincue que le maintien d'un dialogue interculturel est de la plus haute importance afin de surmonter les attitudes sectaires et intransigeantes, et afin de renforcer la tolérance religieuse dans le monde entier", a-t-elle affirmé. En dehors de l'éducation, le dialogue interreligieux constitue l'un des principaux moyens de prévenir les conflits et les violations de la liberté de religion ou de conviction.
 
"Il ya toujours eu des personnes qui ont essayé de prouver que leur culture, leur religion ou leur langue était supérieure à celle de leurs voisins", a-t-elle ajouté, soulignant la possibilité qu'offrent les religions de partager des valeurs morales qui pourraient permettre de parvenir à une compréhension commune, et au respect. Citant quelques exemples de réussite du dialogue interculturel en Israël, en Palestine, et en Irlande du Nord, elle a déploré que  "ces efforts font rarement les gros titres dans les médias - à la différence de violences interreligieuses".
 
Dialoguer à tous les niveaux
 
Bien qu'elle considère que les réunions de chefs religieux soient essentielles, Asma Jahangir Jilani estime que "le dialogue interreligieux aux niveaux de base devrait également être encouragé et entretenu". Le dialogue interculturel devrait inclure également des croyants objectifs au sujet de leur foi, des athées et croyants non-déistes, ainsi que des membres des minorités religieuses. Le point de vue des femmes, qui ont tendance à être marginalisées dans les grands événements du dialogue interreligieux, doit également être pris en compte. Il serait également utile, selon elle, de réunir des personnes partageant la même foi, mais avec des opinions diverses, ou des artistes, qui ont la capacité "d'établir des ponts entre les communautés".
 
Il existe, selon Asma Jahangir Jilani, différents niveaux de dialogue interculturel: les organisations internationales et régionales, de même que les ONG, peuvent jouer un rôle dans la facilitation de plates-formes pour le dialogue interculturel. De même, elle a souligné l'utilité de bonnes initiatives aux niveaux mondial, régional, national et également local.
 
Elle a également salué la "plate-forme parfaite pour le dialogue interculturel et interreligieux" que constituent les programmes de l'UE d'apprentissage tout au long de la vie, tels Comenius, Erasmus, Leonardo Da Vinci ou Grundtvig. L'éducation, a-t-elle affirmé, est essentielle "car elle permet aux gens de se familiariser avec d'autres religions et croyances", tout comme la famille, au sein de laquelle l'ouverture d'esprit peut être entravée ou nourrie.
 
Mieux vaut une "guerre des mots" qu'une guerre tout court
 
"Le dialogue doit-il exclure la possibilité de critiquer les principes des autres religions?" s'est-elle interrogée. En guise de réponse aux applaudissements de l'Assemblée, elle a estimé que, dans un véritable dialogue, "les interlocuteurs devraient avoir la possibilité d'être d'accord ou non".
 
Et d'ajouter: "Je crois fermement qu'il serait erroné de poursuivre l'approche de la protection des religions per se plutôt que des individus ou des groupes de croyants. En de nombreuses occasions, j'ai exprimé des inquiétudes par rapport au fait qu'incriminer la "diffamation des religions" peut être contre-productive, car elle peut créer une atmosphère d'intolérance et de peur, voire même augmenter les chances d'un retour de bâton. Plus encore, les accusations de "diffamation des religions" pourraient étouffer les critiques légitimes ou la recherche relative aux pratiques et aux lois qui semblent en violation avec les droits de l'homme, mais qui sont - ou du moins perçues comme devant être - sanctionnées par la religion".
 
En guise de conclusion, Asma Jahangir a déclaré que les "valeurs devraient servir de pont entre les différentes religions et croyances", ce qui "pourrait, en fin de compte, conduire à un renforcement des droits de l'homme universels".
 
Mme Jahangir prendra part à un débat avec les députés jeudi, lors d'une réunion du sous-commission sur les Droits de l'Homme du Parlement européen.
 
 

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