La porte de la cave du 32 rue Mathias-Grünewald est restée ouverte hier. Mais à l'heure de la prière, vers 13 h 30, personne ne s'est recueilli dans cette mosquée de l'Elsau, qui a pris l'eau vendredi et samedi dernier (DNA du jeudi 5 juin). L'explication a été affichée clairement : « Sarko, fini l'Islam des caves ! Strasbourg, capitale de la honte », peut-on lire devant la cave. Pour trouver les croyants en prière, il faut pousser un peu plus loin, sur une pelouse, à l'ombre d'un immeuble de la rue Grünewald. Une centaine d'hommes écoutent l'iman du quartier sous une grande tente blanche - achetée par les croyants eux-mêmes -pendant qu'une vingtaine de femmes ont pris place sous une seconde, plus petite, de couleur beige. Les tapis recouvrent une bâche protectrice, posée à même le sol. Là aussi, une banderole affiche les convictions : « 20 ans de mépris. Une mosquée maintenant. »
« J'ai honte de dire que je suis imam dans une cave »
« Nous avons le droit d'avoir un lieu décent de culte, d'adoration et de prière, c'est un besoin - comme l'est celui de boire - et une obligation pour chaque musulman car l'âme a besoin de nourriture spirituelle », explique le religieux au moment du prêche. Imam du quartier depuis l'an 2000, Sami Ben Salem enfonce le clou : « J'ai honte de dire que je suis imam dans une cave, j'ai honte de dire à mon fils : "Viens, on va prier dans une cave". Ça fait 20 ans que nous pratiquons dans des conditions inacceptables, dans un trou à rats ou un garage à vélos, ça suffit ! Il y a des solutions, il faut une volonté politique et administrative forte. » Après avoir appelé les musulmans à rester mobilisés, l'imam indique qu'une pétition circule dans le quartier. Porte-parole de la mosquée et président de l'association Ciel, Mustapha Allali, qui gère le lieu de prière depuis 1989, ne dit pas autre chose : « Nous ne retournerons pas dans la cave, ça pose un problème de visibilité, on ne négocie pas avec un fantôme, ça suffit ! On va rester sous notre tente comme les Enfants de Don Quichotte. » La solution d'urgence proposée par l'adjoint de quartier Eric Elkouby a été refusée par les responsables de la communauté musulmane de l'Elsau : « Le gymnase Hans-Arp est à l'autre bout du quartier, c'est trop loin pour nos anciens », déplore Mustapha Allali. Qui veut une « solution pérenne », à savoir « la construction d'une mosquée de quartier avec des locaux culturels pour les activités d'alphabétisation, de couture, ou de soutien scolaire ». Et qui souhaite ardemment rencontrer Roland Ries et son chargé de mission des cultes pour entamer des discussions. En attendant, la mosquée de l'Elsau reste à l'extérieur. Sous une toile de tente. Pour sa part, l'adjoint de quartier Eric Elkouby s'est dit « surpris du refus de la solution d'urgence du gymnase Hans-Arp ». Mais il réitère son « appel à la concertation », tant pour la situation urgente que pour le montage d'un dossier pérenne.