La coupôle de la Mosquée est finie !
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Préface

Projet de construction de la grande Mosquée de Strasbourg

 

projet porté conjointement par :


L'association Grande Mosquée de Strasbourg
L'association Espace Euro-méditerraneen Averroès


Maître d'?uvre : Paolo PORTOGHESI
Maître d'ouvrage : SCI Grande Mosquée de Strasbourg
Maître d'ouvrage délégué : SERS


Permis de construire N°PC 067 482 03 V 0205
Délivré le 14 novembre 2003

Préface :

"Les meilleurs fruits sont ceux qui sont greffés"

 

Ce présent document n'a pas la prétention d'être exhaustif. Son objectif principal est de donner une idée globale et sommaire de la vision qu'a la communauté musulmane sur le projet de construction de la grande Mosquée.

 

La rédaction de ce document s'est inspirée des questions suivantes:

  • Qu'est-ce qu'une Mosquée?
  • Pourquoi une grande Mosquée?
  • Pourquoi ce moment précis?
  • Quels sont les intérêts pour la communauté musulmane?
  • Pourquoi la ville de Strasbourg?
  • Pour qui sera cette Mosquée?
  • Par qui sera-t-elle dirigée?

N.B:
Le mot Mosquée sera utilisé pour désigner la Mosquée, en tant que lieu de prière, et lieu d'information sur l'Islam .

1. Introduction

La communauté musulmane, forte de près de 120 000 personnes, représente un pourcentage non négligeable de la population alsacienne. Son nombre fait de l'Islam la troisième religion de la région. Néanmoins, les lieux de culte occupés par les musulmans sont de loin inadaptés.

L'actuelle Mosquée de Strasbourg, la plus ancienne après les salles de prière de Bischheim et de Schiltigheim , est une ancienne usine de foie gras, acquise par la communauté musulmane en 1982 et transformée selon les besoins. Elle se trouve actuellement incapable de répondre aux attentes de la communauté. Sa capacité d'accueil est dépassée régulièrement. Ses locaux sont trop exigus pour accueillir le nombre de fidèles sans cesse croissant. Sur le plan de l'éducation, ses quatre minuscules classes, ne lui permettent pas de répondre aux besoins de la communauté, au demeurant la salle de prière des femmes ainsi que le réfectoire se transforment en salles de classe. le nombre d'enfants refusés à l'inscription est bien supérieur à la centaine, chaque année.

La Mosquée de Strasbourg n'est, heureusement, pas le seul lieu de prière mis à la disposition des musulmans. Il existe pas moins de onze autres lieux, répartis sur les quartiers, mais ils sont, pour la plupart, inadaptés ou simplement insalubres. A titre d'indication, trois associations musulmanes seulement sont propriétaires de leurs locaux.

L'Islam dans la Région
La consultation conduite par le ministre de l'intérieur Nicolas SARKOZY a permis de connaître davantage l'ampleur de la pratique religieuse et la possibilité d'en dresser une cartographie.
Ainsi en Alsace on a recensé quelque soixante lieux de culte, répartie pour les deux tiers dans le bas Rhin, un tiers seulement dans le Haut Rhin. Une quinzaine seulement d'associations musulmanes est propriétaire de ses locaux ; le reste étant des appartements HLM aménagés ou des caves. L'inconvenance de ces appartements exigus ou de ces caves avec une pratique de la foi n'est plus à démontrer. Il est bon de signaler aussi que dans beaucoup de quartiers ces lieux de prière n'existent même pas, bien que la demande soit très pressante.

Sur le plan de l'éducation, la jeunesse musulmane née en France n'a pas eu accès à sa religion et à sa culture, elle en est pratiquement coupée. Notre contact quotidien avec ces jeunes nous a permis de constater que leur ignorance dans ce domaine est effrayante. Ce qu'ils connaissent de leur religion, inspiré des parents ou des moyens d'information, est très superficiel, lorsqu'il n'est pas faux ou ridicule parfois.
Il existe dans toute l'Europe un besoin incontestable de former des imams capables de comprendre l'Islam et les réalités locales et participer à l'orientation de ces jeunes qui n'ont pas eu l'occasion d'avoir leurs assises et leurs repères dans la société française.

L'Islam est porteur d'une richesse, il est d'un apport inestimable. Les musulmans le savent, mais ils ne trouvent ni les occasions, ni les moyens de le faire partager aux autres communautés. Ils espèrent, en construisant cette Mosquée, se donner un symbole et tisser un lien qui leur permettra de donner une image plus juste que celle qui est transmise par les médias.

2. Aperçu sur les Mosquées

En réalité, la prière dans la religion musulmane, n'est pas forcément liée à un lieu précis. La terre entière est pure. Il est donc, permis de faire la prière, dans tout endroit; à condition, toutefois, d'éviter certains lieux impropres ou inadaptés.

Néanmoins, plusieurs textes nous apprennent que Dieu a honoré et purifié certains lieux sur terre, où Il sera vénéré et adoré. Il ressort de cela, le caractère sacré qui imprègne les Mosquées chez les musulmans, et qui les élève très haut dans les yeux et le c?ur de chacun d'eux.

Qu'est ce qu'une Mosquée?

La transcription arabe du mot Mosquée est El Masdjid, de la racine soudjoud qui signifie poser son front sur terre. Acte qui exprime l'adoration et l'humilité. El Masdjid est donc un lieu de prière et d'adoration.
La Mosquée est aussi appelée Djami', qui signifie lieu de rassemblement et d'union. C'est un lieu de regroupement et de concertation.
Il découle des termes Masdjid et Djami' des notions importantes qui définissent les fonctions d'une Mosquée.

Certaines prières, comme celle du vendredi, ne peuvent être célébrées que dans un Masdjid Djami'.

Lieux de culte, d'adoration et de purification, les Mosquées sont sacrées. Les bonnes ?uvres y sont mieux gratifiées. Les chances de multiplier les récompenses y sont plus grandes. C'est un lieu de rattachement et de bonheur.

Mais le rôle de la Mosquée va bien au-delà de la purification spirituelle. C'est l'endroit où le tissu social est le mieux bâti.

La Mosquée, au centre de la ville, symbolise et matérialise non seulement le centre des activités dans la société, mais aussi l'ouverture sur le monde extérieur. El Hikma de Baghdad en est le meilleur exemple.

La fonction de l'enseignement fut, dès les premiers siècles, intégrée au fonctionnement de la Mosquée, soit directement, soit à travers les medressas. Cordoue, El Qaraouiyin de Fès, Ez-Zéïtouna de Tunis, El Azhar du Caire ou encore Beyt El Hikma de Baghdad en sont les meilleurs exemples.

La Mosquée s'élève au rang d'une institution à caractère sacré inviolable. Mais ce statut ne lui est conféré que lorsqu'elle est déclarée Mosquée d'une façon illimitée dans le temps. Que le terrain qui accueille cette Mosquée ne soit à jamais utilisé pour accueillir une construction autre qu'une Mosquée, conformément à la notion de Wakf ou Houbous en Islam.

3. Histoire et réalités

La grandeur de l'Islam est appréciée dans ce qu'il a pu promouvoir, le fabuleux mouvement scientifique, technique, artistique et culturel, dans une diversité harmonieuse. Mais aussi dans sa singularité et son originalité: la Parole de Dieu et les enseignements de son Prophète Mohammed - paix et salut soient sur lui - ce qui a donné une âme à la culture et à la civilisation musulmane.

La science et l'art, l'enseignement et l'éducation, le culte et l'action sociale, vont de pair, mais ils doivent tous leur floraison à leur lieu de ressourcement : la Mosquée. Les Mosquées constituent dans la société musulmane le c?ur des activités humaines. N'ont-elles pas été, dans les grandes capitales du monde musulman, les plus grands centres de rayonnement ? Et par là même, le monde extérieur à l'Islam, n'a-t-il pas connu de grands moments de fécondité par l'apport de la civilisation musulmane ?

Il ne serait pas inutile de rappeler ici les grands centres Islamiques que furent les vestiges cités plus haut et bien d'autres. Ces Mosquées, lieu de culte par excellence, mais aussi universités, lieux de réunion et de consultation, lieux d'échange et de repère pour toute la Oumma. Les Mosquées ont joué dans le monde musulman, pendant de longs siècles, le rôle d'interlocuteur et de médiateur avec les autres civilisations.

Sans pour autant chercher à refaire l'histoire, quoique ce soit parfois nécessaire, les cités partagées par les différentes communautés en Andalousie n'ont pu exister que lorsque la différence avec l'autre était perçue dans son vrai sens, l'enrichissement. L'Islam a permis à toutes les civilisations et religions d'exister et d'?uvrer librement en adoptant avec chacune d'elles un code de " bon voisinage " et de respect mutuel.

Mais aujourd'hui, dans l'actualité française, le mot " Islam " est perçu d'une manière bien triste. Il est objet, tout à la fois, de passion et de tabou. Passion par la défense parfois maladroite de ses protecteurs et tabou par ceux qui n'admettent pas qu'on en parle, y compris dans une école.

Cependant, il n'en demeure pas moins que l'Islam s'inscrit dans la réalité comme la deuxième religion de France. Il apparaît donc nécessaire, dans l'intérêt de tous, d'intégrer et de reconnaître cette dimension aussi bien d'un point de vue politique que culturel et social.

Ainsi, au delà des desseins obscurs des uns, ou des pressions des autres, le mérite de Strasbourg serait d'adopter sa propre position, affirmant qu'il est possible de se réconcilier, de coexister et de vivre en paix. D'aller bien au delà de la tolérance, grâce à la reconnaissance et au respect mutuel.

Si la communauté musulmane de France a vu, en 1926, la construction d'un édifice tel que la Mosquée de Paris en guise de reconnaissance, de la part de la république, aux mérites des musulmans lors de la première guerre mondiale. La communauté musulmane de Strasbourg attend aussi un édifice en guise de reconnaissance, non seulement à l'armée de l'Afrique du nord, mais aussi à ceux qui sont tombés sur le champ de bataille en 1870 (ex: les Turcos, les Zouaves,...). Mais aussi, un édifice construit pour des citoyens qui ont droit, comme toutes les autres communautés de France, à pratiquer leur religion. N'est - il pas mentionné dans les constitutions de toutes les grandes nations du monde, dans la charte des droits de l'homme, que l'un des droits élémentaires du citoyen, de l'Homme, est d'honorer Dieu de la manière qu'il juge la meilleure.

La communauté musulmane de Strasbourg attend avec impatience qu'un projet se réalise, qu'un édifice décent voit le jour, lui reconnaissant une pratique transparente de sa religion. Permettant ainsi à toutes les communautés de percevoir l'Islam sous un autre angle, plus juste et plus réel, que celui transmis par les clichés médiatiques. De considérer cette culture, cette religion comme des richesses capables d'un grand apport.

4. Une communauté, une Identité

A l'heure où l'on parle de " fracture sociale " et du " mal des banlieues ", en mettant, souvent, sur le premier plan la jeunesse musulmane, à l'heure où il est question d'organiser " un plan Marshall " pour sauver ces territoires, à l'heure où l'on établit les constats d'une politique d'intégration, il est peut être encore temps d'admettre l'absence de prise en considération des repères culturels et moraux et des valeurs propres d'une communauté.

La communauté musulmane qui s'est installée en Alsace n'est pas nouvelle. Aujourd'hui nous pouvons parler de la troisième génération. Cette communauté, surtout à travers sa jeunesse, a choisi de vivre sur cette terre, qu'elle considère comme son pays. Ce constat ne fait plus aucun doute. Si tel est le cas, et c'est le cas, nous devons parler de cette communauté en terme de citoyens musulmans.

L'identité des individus repose sur l'acquisition de valeurs religieuses, morales et culturelles. Un constat, même superficiel et sommaire, permet de constater qu'il y a au sein de la jeunesse musulmane un vide terrible à combler, ou plutôt un espace " identitaire " à étoffer et à garnir. C'est une jeunesse qui n'a pas eu l'occasion d'acquérir ses repères. Elle est victime de l'ignorance et de l'incompréhension. Il est du devoir de toute la société de favoriser son épanouissement. Il n'est dans l'intérêt d'aucune société de ne pas reconnaître les particularités de ses citoyens, que l'aspect extérieur de ses cités ne reflète pas fidèlement la richesse de sa vie culturelle et religieuse. Toute politique d'intégration ne prenant pas en compte ces éléments sera vouée à l'échec. Et c'est tout le débat qui anime actuellement notre société surtout après la déclaration de Nicolas SARKOZY sur ce qu'il appelé la discrimination positive.

Aujourd'hui, dans la capitale de l'Europe, la communauté musulmane dans sa pluralité, s'invite à édifier un monument Islamique, où symboliquement, tous les musulmans reconnaîtront leur identité et vivront dignement leur croyance.

Ajoutons enfin, qu'à travers ces locaux, ces structures et ces fonctions, la ville de Strasbourg, le département et la région trouveront un soutien efficace pour palier et prévenir les problèmes sociaux.

5. Une communauté, une vie sociale

A travers les différents contacts que nous avons avec les jeunes issus de la deuxième génération, il ressort que l'hypothèse du retour, jadis très présente chez les parents, n'est plus éventuelle. Ce qui l'est, par contre, c'est pouvoir réussir et jouer un rôle actif dans la cité, tout en préservant son identité de musulman. Cette identité n'est pas celle qui les ferait démarquer du reste de la société, mais plutôt celle qui les en rapprocherait, dans le sens où elle leur montrerait qu'ils sont une des composantes de cette société et non une entité à part.

Le rapprochement des hommes était de tous les temps, le secret d'une cohabitation entre les civilisations. Cette cohabitation avait comme source, la tolérance et l'humilité de chacun. Mais ceci n'était possible que lorsque le dépassement de soi avait comme objectif connaître l'autre, le reconnaître tel qu'il se définit lui-même.

D'autre part, le nombre d'appels téléphoniques qui parviennent quotidiennement à l'actuelle Mosquée de Strasbourg regroupe en grande partie des questions d'ordre religieux; mais aussi, et sans être négligeables, d'ordre social. Ceci montre, que la religion demeure au centre de la vie des musulmans et que la Mosquée reste un noyau autour duquel gravite la vie de la communauté.

Il résulte de ces constatations des éléments de base qui rendent nécessaire l'existence d'une Mosquée dans laquelle les fidèles pourraient accomplir dignement leurs obligations cultuelles et y multiplier les actions sociales. Une Mosquée qui revêt un caractère sacré inviolable, loin des activités partisanes et des polémiques politiques. Une Mosquée dotée de locaux et de structures qui lui permettent d'assurer ses diverses fonctions: religieuses, culturelles, cultuelles, de formation et d'action sociale. En somme, une Mosquée capable d'apporter ses réponses aux besoins d'une communauté à travers une autorité religieuse compétente.

C'est à la lumière de toutes les considérations citées plus haut, qu'il faut traiter le problème de la visibilité des structures culturelles et cultuelles Islamiques dans la société française et alsacienne en particulier. Il n'y a aucune raison pour que celles-ci soient rejetées dans une espèce de pénombre. L'émergence de ces structures devrait s'inscrire dans l'histoire culturelle d'une région, d'un pays, d'un continent qui se veut uni dans la diversité.

Mais bien entendu, il revient également aux musulmans, citoyens et résidents, d'apporter leur contribution à la création d'une société saine et harmonieuse.
Il appartient donc aux musulmans de développer un modèle original d'existence dans la société française. A eux de faire preuve de créativité dans ce domaine. Beaucoup de facteurs peuvent les y aider. La France est l'un des rares lieux de la planète, où, tant de musulmans de toutes nationalités peuvent se rencontrer et échanger librement leurs idées, leurs pratiques et leurs expériences dans une société authentiquement démocratique.

Mais il est clair que, dans cet effort créateur, les musulmans ne peuvent pas être seuls. Il est du devoir de la société de créer les conditions nécessaires pour que celui-ci puisse s'épanouir et aboutir.

6. Une communauté, un projet

L'importance réelle et symbolique du projet de la grande Mosquée est perçue à travers les rôles qu'elle est appelée à jouer. Elle constituerait une référence sur au moins trois niveaux: religieux, social et culturel.

Mais ce qui porte très haut l'intérêt de ce projet, c'est qu'il doit être réalisé pour et par la communauté musulmane.

Pour la communauté, car l'intérêt que porte le musulman à sa religion, comme d'ailleurs tous ceux qui sont animés par la foi, est lié à la place qu'il lui accorde dans sa vie. Elle répond à ses questions, le guide, lui offre paix et salut. Ce besoin, inhérent à chaque personne qui cherche sa voie ou à asseoir sa foi, exige de lui un effort de recherche et d'investigation. La Mosquée serait un des moyens par lesquels il pourra arriver à s'orienter dans son entreprise. Le nombre d'appels téléphoniques qui parviennent quotidiennement à l'actuelle Mosquée, comprenant des questions d'ordre théologique, social et souvent humain, représente un indice non négligeable. Il parait maintenant nécessaire, même urgent, que la communauté musulmane de Strasbourg trouve à sa disposition un lieu décent et une autorité religieuse compétente capable de la comprendre, de l'aider et de l'orienter.

A ceci s'ajoute, bien sûr, les rôles que la Mosquée joue dans la vie de tous les jours, prise en charge des différentes besoins, tel que les célébrations de mariages religieux, les rites funéraires, de naissance,...etc. La grande Mosquée sera une institution au service d'une communauté. Au service de nos enfants pour qu'ils ne se considèrent plus comme des intrus dans ce pays.
Elle sera un lieu pour tous, où tout un chacun pourrait trouver de l'écoute, de l'accompagnement et de la dignité.

Par la communauté, dans la mesure où ce projet doit bénéficier d'une indépendance et d'une autonomie.

L'idée de construction d'une Mosquée en France soulève souvent la question de l'indépendance de l'institution. Indépendance, surtout, par rapport aux états étrangers.

Nous pensons, pour notre part, que le garant du bon fonctionnement de cette institution, que nous nous invitons à construire, est principalement son indépendance vis à vis des personnes, des institutions et des états. Sans cette condition, l'institution, piégée, serait incapable de jouer son rôle et d'accomplir sa noble mission. Une influence, quelle qu'elle soit, ne peut que nuire à sa crédibilité. Cette institution doit aussi rester au dessus des rivalités et des influences politiques, pour qu'elle puisse exprimer l'avis et la position de l'Islam libre, authentique et responsable.

L'équipe qui dirigera cette Mosquée doit faire preuve d'intégrité et de compétence.
L'intégrité doit être synonyme de sincérité et de piété, de sorte que l'Islam doit être un vécu quotidien pour les dirigeants.
La compétence doit englober un ensemble de conditions à satisfaire par les dirigeants, à savoir la connaissance de la culture musulmane dans toute sa diversité, de la culture et de la réalité européenne et enfin l'ouverture d'esprit en vue d'assurer une meilleure harmonie dans cette diversité culturelle et cultuelle.

C'est de cette manière que cette grande Mosquée pourra inscrire le citoyen musulman, voire l'impliquer dans la politique globale de la ville et de la région, et l'insérer dans le tissu de la société. Elle lui permettra, en voyant que ses repères religieux et culturels ont droit de cité, d'?uvrer, avec les autres communautés, pour le bien-être de la société.

7. Une région, une ville, un projet

Parler de la construction d'une Mosquée à Strasbourg revêt une importance et une symbolique particulières, liées au caractère du projet et à la nature même de la région.

L'Alsace est incontestablement une région " pluriculturelle ". La dualité culturelle due à la cohabitation des traditions germanique et française a, certainement, marqué les esprits et les mentalités, donnant à la région, une ouverture incontestable. La communauté musulmane, bien qu'inconnue et incomprise parfois, vit en Alsace dans un climat d'hospitalité et de tolérance incomparable.

Par ailleurs, l'Alsace a été de tout temps une région fortement religieuse. Cet attachement à la religion, confère au culte un statut et une position uniques en France. De plus, cette région par rapport au reste de la France est pluriconfessionnelle, depuis des siècles déjà catholiques, protestants et juifs ont su cohabiter harmonieusement. La déclaration commune des cultes reconnus en faveur de la construction d'une mosquée est une preuve supplémentaire qui vient sceller cette harmonie.

Le projet de la grande Mosquée vise à renforcer cette possible cohabitation des religions.

Sur le plan de l'infrastructure, la ville de Strasbourg et la région Alsace regroupent d'importants édifices, symboles des religions, de la culture et de la politique. Le conseil de l'Europe, le palais des droits de l'homme, l'E.N.A., les différents bâtiments universitaires, la grande cathédrale, la synagogue, il faut le souligner, confèrent à la ville et à la région un cachet que l'on trouve rarement dans d'autres villes d'Europe. Une grande Mosquée à Strasbourg viendra compléter cette liste, déjà honorable. La ville verrait, alors, se consolider sa place et son rôle régional, national, européen et mondial. Elle se donnerait les outils d'une nécessaire ouverture sur le monde musulman.

8. Une dimension méditerranéenne

Sur un tout autre plan, l'édification d'une grande Mosquée à Strasbourg, affichera la volonté des constructeurs de l'Europe à donner une place honorable à l'Islam, une des principales composantes du bassin méditerranéen. Cet édifice tiendra grandes ouvertes les portes d'un dialogue culturel et civilisationel, qui permettra aux deux rives de la Méditerranée, berceau des civilisations, d'établir des ponts de fraternité, de coopération et de tolérance.

Nous avons la certitude qu'à travers le symbole que représentera cette Mosquée, les programmes de coopération euro - méditerranéen et euro-arabe connaîtront une nouvelle dynamique et un élan de vitalité. Cette Mosquée contribuera modestement, à sa manière, dans l'établissement d'un climat de confiance, de respect et de reconnaissance mutuelle entre la communauté européenne et le monde musulman dans sa diversité. Elle permettra à tout musulman de constater que cette Europe, qui se construit, est une Europe pluraliste et respectueuse des différences et fournira, au citoyen européen, les outils d'une compréhension juste et équitable de l'Islam et des musulmans.

9. Conclusion

Nous avons la conviction, à travers ce qui vient d'être dit, que le projet de la future grande Mosquée de Strasbourg est une nécessité, une urgence même. La communauté musulmane espère voir, depuis très longtemps, la construction d'un lieu décent lui permettant une pratique honorable de sa religion. Elle voit en ce projet une reconnaissance sociale, un droit de cité accordée à ses symboles.

Cette Mosquée sera le fruit et l'aboutissement d'une relation, d'un dialogue et d'un travail, parfois uniques, entre les autorités locales et la communauté musulmane de Strasbourg. Le climat de franchise et de confiance mutuelle, crée au fil des années, est garant de la bonne marche de cette institution. Il fournit toutes les garanties nécessaires à la concrétisation de ce grand projet, porteur de tant de symboles, d'espoirs et de rêves.

Nous avons un rendez-vous avec l'histoire. L'avenir de ce pays et le bonheur de nos enfants dépendent de ce que nous décidons aujourd'hui. Nous pouvons rester prisonniers d'un héritage historique et de certains stéréotypes, ou décider de construire ensemble un avenir meilleur, basé sur la reconnaissance et le respect mutuel.

 

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