PARIS, 19 mars 2008 (AFP) - La France s'apprête à accueillir dans les prochaines semaines quelque cinq cents réfugiés de la communauté chrétienne d'Irak, a annoncé mercredi le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner.
M. Kouchner a "confirmé", au cours d'un entretien sur RMC et BFM-TVM, que cela se ferait en faisant valoir que les membres de la communauté chrétienne chaldéenne d'Irak "sont plus menacés que les autres".
"Nous allons j'espère en accueillir près de 500 dans les semaines qui viennent et on verra après", a-t-il déclaré, en ajoutant que "nous ne refuserons pas d'accueillir des musulmans" mais "le problème c'est que personne n'accueillait les chrétiens".
Le chef de la diplomatie française a souligné qu'il y avait déjà une communauté chaldéenne à Paris et que les chaldéens d'Irak parlaient souvent le français.
M. Kouchner a par ailleurs confirmé qu'il comptait se rendre prochainement en Irak, où il était déjà allé en août 2007, sans donner de date précise. Il compte notamment se rendre à Erbil, dans le Kurdistan irakien -une région où se sont réfugiés de nombreux chrétiens d'Irak- où la France ouvre un consulat.
Les chaldéens, des catholiques de rite oriental, constituent la principale communauté chrétienne d'Irak, et l'une des plus anciennes églises chrétiennes.
Avant l'invasion américaine de mars 2003, la communauté chrétienne d'Irak totalisait quelque 800.000 membres, soit 3% environ de la population en très grande majorité musulmane. Une grande partie d'entre eux ont fui le pays ou se sont installés au Kurdistan irakien.
L'archevêque chaldéen de Mossoul (nord de l'Irak) Mgr Faraj Rahou avait été enlevé fin février par des inconnus et son cadavre a été retrouvé la semaine dernière.
Le projet d'accueillir des membres de cette communauté était soutenu de longue date par M. Kouchner.
Au sein de la hiérarchie catholique, Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes (est), qui s'était rendu en Irak en février, avait à son retour plaidé pour accueil en Europe des chrétiens irakiens qui se sont enfuis de leur pays.
Le projet français a en revanche suscité des réserves de la part des tenants d'une politique d'asile qui ne soit pas fondée sur des critères confessionnels.
Pierre Henry, directeur de France Terre d'Asile, avait accusé mardi dans un entretien à l'AFP le gouvernement de vouloir faire une "opération de communication" en faisant venir ces chaldéens irakiens aux alentours du début de la présidence française de l'Union européenne, qui commence le 1er juillet.
"Il est clair que cette minorité chrétienne court des risques, mais au même titre que beaucoup d'autres Irakiens", a souligné M. Henry.
Ce responsable avait évoqué la situation tragique de "milliers" d'Irakiens déjà exilés en France qui n'ont pas de droits et "sont laissés dans la misère la plus noire".