L’histoire de la Grande Mosquée

Un lieu unique

L’exiguïté des locaux, les demandes croissantes des musulmans et de la société civile dans son ensemble ont accéléré la réflexion sur la nécessité de construire un lieu de culte digne. En 1987, l’idée de la construction d’une mosquée circulait déjà. Pour concrétiser cette idée, il a fallu un investissement lourd en temps et en argent.

En 1992, pour la première fois, un maire de Strasbourg se rend à la mosquée de l’impasse du mai. En 1993, Catherine Trautmann, maire de Strasbourg, décide le principe de construction d’une Grande Mosquée.

Dans un rapport voté par le Parlement européen sur l’islam en Europe en juillet 1998, la mosquée de Strasbourg a été nominativement citée et l’exiguïté de ses locaux soulignée. Après délibération du conseil municipal approuvant le principe de la réalisation d’une mosquée en avril 1999, une présentation publique des caractéristiques du projet au Palais de la Musique et des Congrès a eu lieu en décembre 1999.

En juillet 2000, le bail emphytéotique a été signé entre la Ville de Strasbourg et la Société Civile Immobilière Grande Mosquée (SCI Grande Mosquée), qui désigne la SERS, constructeur du siège du Parlement Européen, comme maître d’ouvrage délégué.

Un concours international d’architecture est alors lancé la même année, et en septembre 2000, cinq équipes internationales d’architectes sont retenues : Mario Bota, Jean-Marie Wilmotte, Zaha Hadid, Paolo Portogheisi, Gaston Valente. Il a fallu deux sessions de jury pour départager les concurrents. Finalement, le choix s’est porté sur Paolo Portogheisi, choix confirmé par le vote de la communauté.

Deux permis de construire ont été nécessaires en raison d’une alternance politique qui a freiné le projet. En 2002 et 2003, des demandes de subvention sont adressées au Conseil Général et au Conseil Régional. Grâce à ces subventions et aux innombrables dons des fidèles, dont certains ont même vendu leurs biens immobiliers, la pose de la première pierre a eu lieu le 29 octobre 2004.

En juin 2006, deux options se sont présentées aux porteurs du projet : partir sur des lots séparés, à savoir répartir les travaux selon des étapes biens définies, ou donner l’ensemble à une entreprise générale qui se chargerait de réaliser la mosquée ? La seconde option –la moins coûteuse- a été votée, et la candidature de l’entreprise Karl König a été retenue.

La construction de la Mosquée

La construction de la Mosquée

De décembre 2007 à mars 2009, le chantier a été arrêté en raison d’un désaccord avec cette entreprise, désaccord qui a mené à la rupture unilatérale du contrat par la SCI Grande Mosquée. Cette dernière a alors signé un nouveau contrat avec l’entreprise Demathieu et Bard, qui a poursuivi et achevé l’ouvrage. Le 27 novembre 2009 a enfin eu lieu la pose de la coupole dans une liesse générale.
Pour la réalisation de ce grand projet, il a fallu une centaine de réunions de 3h chacune, où les prix étaient discutés, ainsi que la qualité de production et son efficacité. Se réunissaient la SERS, la SCI, la maîtrise d’œuvre, le Bureau des Contrôles, et la société Demathieu et Bard. Chaque étape des travaux était discutée dans le moindre détail, afin d’être en conformité avec les règles de sécurité et les exigences de l’architecte ainsi que du maître d’ouvrage.
La construction de la Grande Mosquée a mobilisé au total plus de 200 personnes, en plus des cadres et responsables. En effet, les gros œuvres, l’électricité, l’étanchéité, la pose du cuivre, de la charpente, la peinture, le chauffage au sol, la chape, la menuiserie, la serrurerie, la plâtrerie, la pose du zellige (carreau artisanal marocain émaillé), du plâtre sculpté et du carrelage ainsi que l’éclairage extérieur ont nécessité cette importante main d’œuvre.
La Grande Mosquée de Strasbourg a commencé à prendre forme surtout après que les collectivités aient décidé de rehausser leur taux de participation et qu’elle ait reçu le soutien par des subventions du Maroc, du Koweït et de l’Arabie saoudite, mais aussi grâce aux flux incessants et ininterrompus des dons des fidèles. Le principal objectif des porteurs du projet était d’ouvrir la mosquée provisoirement pour le mois de Ramadan en 2011. Leurs engagements ont ainsi été tenus. Restait la décoration.
Il a fallu négocier encore avec plusieurs entreprises, avant de faire un choix qui s’est porté sur ArTradition, entreprise de Fès qui a livré le zellige par camions et a effectué l’ensemble des travaux de décoration geps (plâtre) et zellige (carreau artisanal marocain émaillé). Quant à la décoration extérieure, le but était de marier les pierres blanches venues de l’Atlas et le grès venu d’Alsace.
Finalement, après toutes ces phases de réflexion, de consultation, de démarches administratives, de construction, l’heure est venue à l’inauguration.

Les défis de la mosquée sont à présent de maintenir son fonctionnement (surtout sur le plan financier) et de déterminer ses missions.
Les perspectives de l’institution sont multiples. Il faut qu’elle :

  • s’ouvre d’avantage sur son environnement,
  • améliore la qualité des services et prestations offerts à la communauté,
  • assure une bonne transmission des valeurs de l’Islam aux nouvelles générations,
  • consolide le dialogue inter-religieux pour un meilleur vivre ensemble,
  • veille à la formation des imams et cadres religieux.

Le bâtiment digne est là, au cœur de l’Europe et voisin des institutions européennes. Aux musulmans maintenant, de jouer leur rôle dans la société, de répondre aux demandes de la communauté, surtout de sa jeunesse, et de répondre à l’interpellation quotidienne de la société dans son ensemble.
Il reste cependant à réaliser le projet culturel : c’est une nécessité vitale !